Nouveaux Nés (AVC)

Accident vasculaire cérébral (AVC) chez le nouveau-né

Article de  Sherene Chen-See (Ecrivaine scientifique - 03/12/2010)

La plupart d'entre nous croyons que les accidents vasculaires cérébraux (AVC) ne touchent que les personnes âgées. Mais les nouveaux-nés sont tout autant susceptibles de subir un AVC que les personnes âgées. Les AVC au cours des 28 premiers jours de vie sont beaucoup plus courants que ne le réalisent les parents. Toutefois, les AVC chez ce groupe d'âge fragile ne sont toujours pas bien détectés et ne sont donc pas traités.

 

Qu'est-ce qu'un AVC et quelle est sa prévalence?

Un AVC est un arrêt ou une diminution soudaine de la circulation sanguine dans le cerveau, de nature suffisamment grave pour provoquer des dommages cérébraux. Il y a deux types d'AVC : ischémique et hémorragique.

Un accident ischémique cérébral se produit lorsque la circulation sanguine du cerveau est réduite. Cela se produit habituellement en raison d'un caillot, ce que l'on nomme « thrombus », dans un vaisseau sanguin du cerveau. Il y a deux types d'accidents ischémiques cérébraux qui se produisent chez les enfants, particulièrement chez les nouveaux-nés : la thrombose sino-veineuse, qui se caractérise par un caillot dans l'une des veines du cerveau, et l’accident ischémique artériel, où le caillot se situe dans l'une des artères du cerveau.

Une attaque hémorragique se produit lorsqu'un vaisseau sanguin situé dans le cerveau ou près du cerveau se rompt, ce qui provoque une hémorragie dans le cerveau.

L'incidence des AVC chez les nouveau-nés est très élevée comparativement à l'incidence au cours de la petite enfance et de l'enfance. Un nouveau-né sur 6 000 souffrira d'une thrombose sino-veineuse, un nouveau-né sur 4 000 souffrira d’un accident ischémique artériel, et un nouveau-né sur 4 000 souffrira d’une attaque hémorragique. Après la période périnatale, le risque d'AVC chute significativement et demeure faible jusqu’au troisième âge.

 

Pourquoi des AVC se produisent-ils chez les nouveaux nés?

Au cours de la grossesse, des protéines traversent le placenta et passent de la mère au fœtus, ce qui aide à diminuer les risques de saignements. Cependant, cela augmente les risques de formation de caillots et d'AVC chez le fœtus. De plus, des caillots peuvent parfois se former dans le placenta et entrer dans la circulation sanguine du fœtus. Ces caillots pourraient éventuellement se rendre jusque dans le cerveau du bébé et provoquer un AVC.

Le travail et l'accouchement est un autre moment où des AVC se produisent couramment chez les nouveau-nés. La naissance peut provoquer une pression incroyable sur la tête du bébé. Le stress sur les artères et les veines dans la tête du bébé pourraient provoquer la formation d'un caillot et un AVC.

De plus, à la naissance, le sang des nouveau-nés est plus épais que le nôtre – ils ont deux fois plus de globules rouges qu'un adulte. En soi, cela est suffisant pour provoquer des caillots. Dans les premières journées qui suivent la naissance, le bébé pourrait souffrir de déshydratation, ce qui peut également provoquer des caillots.

 

Quels sont les symptômes d'un accident vasculaire cérébral chez les nouveaux nés?

Habituellement, les accidents vasculaires cérébraux chez les nouveaux nés ne présentent aucun symptôme clinique et, souvent, on ne détecte pas le problème. Par conséquent, le problème n'est pas traité jusqu'à ce que le bébé soit plus âgé. Les symptômes habituels qu’affichent les enfants plus âgés et les adultes, comme des problèmes d'élocution, un engourdissement sur un côté du corps, ou le déséquilibre, sont difficiles, voire impossibles à détecter chez les nouveaux nés.

Chez les nouveau-nés qui affichent certains symptômes, cela prend souvent la forme d’une crise. La crise est l'un des signes les plus reconnaissables d'un AVC dans ce groupe d'âge. Les symptômes d'une crise sont parfois difficiles à détecter chez les nouveaux nés; voici certains symptômes :

  • Mouvements faciaux répétitifs, y compris le tétage, le masticage ou des mouvements oculaires
  • Mouvement de bicyclette ou de pédalage inhabituels
  • Des yeux fixes
  • Apnée ou pause dans la respiration en raison d'un ralentissement du cœur
  • Mouvements saccadés et rythmiques avec les muscles du visage, la langue, les bras, les jambes ou d'autres régions du corps
  • Rigidité ou resserrement des groupes musculaires
  • Secousses rapides et uniques avec un bras ou une jambe ou le corps complet

L'un des principaux signes d'un AVC chez les adultes est une faiblesse sur un coté du corps. Cependant, le cerveau des nouveau-nés est immature; il est donc possible que ce symptôme ne se manifeste pas chez un nouveau-né qui a souffert d'un AVC. En général, environ 15 % des nouveau-nés qui subissent un AVC affichent moins de mouvements sur un côté du corps. La faiblesse sur un côté du corps est plus facile à reconnaître au fur et à mesure que le bébé grandit.

La « préférence manuelle » est un symptôme d'AVC qui pourrait survenir un certain temps après la période suivant la naissance, soit entre l’âge de six semaines et six mois. Ces bébés pourraient afficher une préférence pour la main gauche ou droite et tendre plus souvent cette main. Certains parents croient à tort que cela signifie que le bébé est avancé pour son âge alors qu'il s'agit en fait d'un signe d'AVC. Chez les enfants en bonne santé, la préférence manuelle ne se manifeste pas avant l'âge de 12 mois, normalement.

Quels sont les facteurs de risque associés aux AVC chez les nouveaux-nés?

Certains facteurs peuvent augmenter les risques d'AVC chez les nouveaux-nés. Chez les nouveaux-nés souffrant d'une anomalie congénitale qui se caractérise par un trou dans le cœur, il est plus facile pour un caillot de se déplacer depuis une autre région du corps, et de passer par le cœur pour ensuite se rendre au cerveau. S'il y a des antécédents familiaux de caillots, les risques d'AVC sont plus élevés chez les nouveaux-nés. Des infections graves comme la sepsie et la méningite peuvent également entraîner la formation de caillots. Parmi les autres facteurs de risque, on retrouve ceux que l’on a précédemment décrits, comme la déshydratation et l'accouchement.

Comment diagnostique-t-on un AVC chez un nouveau-né?

Parfois, on peut diagnostiquer l'AVC alors que le bébé est encore dans l'utérus si l'on soupçonne une anomalie congénitale. Pour ce faire, on recourt à une imagerie fœtale par résonance magnétique (IFRM). L’IFRM est très efficace pour détecter les AVC chez le fœtus. Chez certains fœtus, si l’AVC est particulièrement grave, on peut le détecter au moyen d'une échographie normale pendant la grossesse. Une fois que le bébé est né, on peut procéder à des imageries supplémentaires du cerveau afin de confirmer le diagnostic.

De plus, tous les nouveaux-nés qui ont fait une crise devraient subir une échographie et un tomodensitogramme de la tête. On pourrait également leur faire subir une IRM. L’IRM est plus sensible mais tout AVC important devrait ressortir sur un tomodensitogramme. Dans un monde idéal, on procédait tout d'abord à une IRM puis à d’autres tests, soit un artériogramme par résonance magnétique (ARM) et un phlébogramme par résonance magnétique (PRM), afin d'observer plus attentivement les vaisseaux sanguins dans le cerveau.

Comment traite-t-on les AVC chez les nouveaux-nés?

Bien que l'on puisse diagnostiquer les AVC pendant la grossesse, on ne peut pas en fait traiter le fœtus avant la naissance. Après la naissance, on ne peut inverser les dommages provoqués par l'AVC. Cependant, on peut parfois donner un médicament nommé anticoagulant pour empêcher l'aggravation du caillot. Un anticoagulant diminue les capacités de coagulation du sang. Si le bébé a subi un accident ischémique cérébral, et qu'il n'y a pas de signes de saignements dans le cerveau, on peut utiliser un anticoagulant pour empêcher le caillot de s'aggraver.

Des recherches ont démontré que l'utilisation d'un anticoagulant est sans danger pour traiter les thromboses sino-veineuses qui ne s’accompagnent pas de saignements dans le cerveau. Près d'un quart des nouveau-nés qui souffrent de ce type d'AVC et qui ne reçoivent pas d’anticoagulant affichent une détérioration de leur caillot.

D'autre part, les nouveaux-nés qui ont subi un accident ischémique cérébral n'ont généralement pas besoin d'un anticoagulant à moins qu'il y ait un autre caillot de sang dans le cœur qui pourrait migrer vers le cerveau.

Si le bébé a souffert d’une attaque hémorragique, ce qui signifie qu'il y a des saignements dans le cerveau, on ne devrait pas utiliser un anticoagulant car cela aggraverait les saignements.

Quelles sont les perspectives pour un nouveau-né qui a subi un AVC ?

Le cerveau des nouveau-nés est « malléable ». Par conséquent, il lui est plus facile de se remettre d'un AVC que le cerveau adulte. Les cellules nerveuses dans le cerveau des nouveaux-nés n'ont pas fini de former leurs connexions et cela facilite le transfert de fonctions importantes vers d'autres parties du cerveau. Par exemple, si l’AVC s'est produit dans une région du cerveau qui contrôle la parole, au fur et à mesure que le bébé grandit, il pourrait être capable de transférer le contrôle de cette fonction vers l'autre côté du cerveau. En raison de la plasticité du cerveau des nouveaux-nés, ces derniers peuvent subir un AVC grave tout en ayant un développement neurologique normal.

Ceci étant dit, un certain nombre de complications courantes peuvent survenir à la suite d'un AVC chez un nouveau-né. Une infirmité motrice cérébrale est l'une des complications les plus courantes. L'épilepsie, des problèmes sur le plan des capacités langagières, des problèmes cognitifs ou comportementaux, des maux de tête et des troubles qui engendrent des crises sont toutes des complications qui peuvent se manifester à la suite d'un AVC chez un nouveau-né. Ces affections nécessitent des soins spéciaux à long terme afin d'assurer la meilleure qualité de vie possible à l’enfant.

Quelles précautions peut-on prendre pour prévenir les AVC chez les nouveaux-nés?

Puisque de nombreux AVC chez les nouveaux-nés se produisent pendant la grossesse, on devrait prendre les précautions nécessaires pour s'assurer que le fœtus jouit d'une circulation sanguine adéquate pendant qu'il est dans l'utérus. Les femmes enceintes devraient manger adéquatement, et éviter la cigarette ainsi que la déshydratation.

Les femmes enceintes qui ont un historique ou des antécédents familiaux de problèmes de coagulation devraient subir des examens afin de vérifier si elles sont porteuses d'un problème génétique nommé « Facteur V de Leiden », lequel peut provoquer des caillots chez le bébé. Si les médecins croient que le bébé pourrait être touché par ce problème, ils peuvent prendre les mesures nécessaires pour contrôler la situation.

Si le bébé a trop de globules rouges, ce qui peut survenir s'il y a un problème durant la grossesse ou la naissance, les nouveaux-nés pourraient être plus susceptibles de souffrir de caillots. On peut parfois prévenir les AVC chez ces nouveau-nés en leur donnant une transfusion sanguine partielle où l'on dilue le sang avec une solution saline.

Après la naissance du bébé, la déshydratation peut parfois entraîner la coagulation du sang. Consultez un médecin si vous remarquez l'un des signes suivants de déshydratation chez votre nouveau-né :

  • Bouche sèche
  • Moins de six couches mouillées par jour
  • Yeux secs et enfoncés
  • Fontanelles enfoncées (les fontanelles sont les « régions molles » qui se trouvent sur le dessus de la tête de votre nouveau-né)
  • Peau sèche

Il est important que les parents soient conscients que des accidents vasculaires cérébraux peuvent se produire pendant la période suivant la naissance. Si vous croyez que votre bébé a un problème, consultez votre médecin de famille. Ne croyez pas que vous réagissez de manière exagérée. Il est préférable d'en avoir le cœur net. Si votre médecin de famille convient que votre bébé pourrait avoir subi un accident vasculaire cérébral, il vous dirigera vers un pédiatre qui amorcera les essais nécessaires.